L’autisme est un trouble neurodéveloppemental dont les altérations peuvent s’atténuer avec une prise en charge adéquate mais dont on ne peut pas guérir ! Il atteint 1 % de la population, 4 fois plus de garçons que de filles. Parmi ce pourcentage, 50 à 75 % ont une déficience intellectuelle alors que 25 à 50 % ont une intelligence normale à supérieure (syndrome d’Asperger ou autisme de haut niveau). Aujourd’hui, toutes les formes d’autisme sont regroupées sous le terme « Troubles du Spectre de l’Autisme ».

Les TSA regroupent des caractéristiques classées en deux catégories, que l’on appelle « dyade », selon le DSM-V :

  • les troubles de la communication sociale
  • les intérêts restreints et les activités répétitives et stéréotypées

Cette dyade reprend trois termes mis en lumière par Utah Frith, psychologue anglaise spécialisée dans l’autisme, que sont les altérations de la théorie de l’esprit, les altérations de la cohérence centrale et les altérations des fonctions exécutives. Elle expose également les aspects sensoriels.

Troubles de la théorie de l’esprit

Selon Utah Frith1, la théorie de l’esprit consiste en la capacité à attribuer des états mentaux à autrui, c’est-à-dire à se faire une idée de ce que pense autrui, des croyances auxquelles il adhère, de comprendre en fonction de cela le sens de son action et, dans une certaine mesure, de prédire ce que pourrait faire l’autre dans telle ou telle situation.

On peut ainsi dire qu’une personne atteinte d’autisme a de la peine à faire preuve d’empathie, à prendre en compte ce que les autres savent et à anticiper ce que les autres peuvent penser de ses actions, à comprendre les règles/convention, à lire le niveau d’intérêt des autres pour son discours, à détecter l’intention, à décoder les expressions.

Cela amène la personne atteinte d’un TSA à éprouver des difficultés lorsqu’il faut interagir avec autrui. Les compétences sociales qu’un individu neurotypique, c’est-à-dire un individu sans autisme, apprend intuitivement doivent être apprises intellectuellement par un personne atteinte d’autisme. L’énergie que cela prend à la personne avec autisme pour tout apprendre engendre une grande fatigue qui peut occasionner des crises nerveuses, une dépression, de l’isolement, etc.

La personne atteinte d’autisme a tendance à interpréter un mot/une phrase au sens littéral. Cela peut révéler des situations cocasses, mais bien souvent la personne avec autisme se sent en décalage ou angoissée. La langue française étant truffée d’expressions à double sens, la personne atteinte d’autisme, qui bien souvent pense en image, peut ne pas comprendre ce qu’émet son interlocuteur. Par exemple, lorsque l’on dit à une personne atteinte d’autisme qui ne sait pas la bonne réponse « tu donnes ta langue au chat ? », elle imagine qu’on va lui couper la langue pour la donner au chat. Une grande angoisse peut découler de ce genre de situation.

Un autre type de langage qui peut dérouter la personne Asperger est lorsque par exemple on lui dit « regarde-moi quand je te parle ! ». La personne atteinte d’autisme regarde alors son interlocuteur mais ne l’écoute pas car elle exécute la consigne demandée et puisqu’elle a tendance à utiliser un canal sensoriel à la fois, elle n’imagine pas qu’elle doive la regarder ET l’écouter.

Troubles de la cohérence centrale

Selon Utah Frith, la personne atteinte d’autisme présente un déficit au niveau du traitement global de toutes les informations reçues. Autrement dit, elle privilégie les détails et a une faible capacité à percevoir les informations dans leur globalité.

Une faiblesse de la cohérence centrale amène la personne atteinte d’autisme à rechercher la sécurité dans les actes répétitifs. Souvent, elle s’en tient à ce qu’elle connaît ; les changements lui font peur. Ainsi, la personne avec autisme peut éprouver des difficultés dans la souplesse de l’action. Elle peut également avoir des difficultés à généraliser une compétence d’un contexte à un autre. Il arrive aussi souvent qu’elle ait des difficultés dans le domaine temporel.

Un cerveau neurotypique attribue constamment un sens à tout, la plupart du temps, au niveau subconscient. Pour vivre dans notre environnement, la personne atteinte d’autisme doit trouver un sens à tout. Cela engendre une grande fatigue, à nouveau.

Troubles des fonctions exécutives

Selon Utah Frith, les fonctions exécutives ou les fonctions de contrôle sont des mécanismes de pensée cruciaux pour la planification des actions et la résolution adéquate d’un problème. Elles comprennent notamment la capacité à planifier étape par étape, le contrôle des impulsions, l’inhibition des réponses erronées, l’adaptation de stratégies, la faculté de pouvoir chercher des solutions de manière organisée et le contrôle de soi.

Ces fonctions exécutives peuvent dysfonctionner plus ou moins fortement selon les personnes atteintes d’autisme.

Malgré qu’on entende souvent parler d’une mémoire exceptionnelle chez la personne Asperger, celle-ci ne concerne en réalité que la mémoire à long terme. La mémoire à court terme, gérée par les fonctions exécutives, est malheureusement bien trop souvent altérée chez la personne Asperger. Ainsi, il arrive fréquemment qu’elle ne sache plus ce qu’elle doive faire, ce qu’on attend d’elle et risque de manifester de l’angoisse. C’est pourquoi il est important qu’elle puisse en tout temps se raccrocher à un système visuel de tâches pour lui rappeler ce qui suit/est attendu d’elle.

Aspects sensoriels

La personne avec autisme peut parfois manifester des crises d’une grande intensité qui peuvent s’expliquer par des troubles sensoriels. On remarque que la personne atteinte d’autisme peut réagir par une hypo ou une hypersensibilité des systèmes visuel, auditif, tactile, gustatif, olfactif, vestibulaire (équilibre) et proprioceptif (perception du corps dans l’espace).

L’hypersensibilité se traduit généralement par une recherche d’isolement, par un évitement des stimuli. L’hyposensibilité se traduit quant à elle par des comportements de recherche de sensation.

1Frith, U. (2010). L’énigme de l’autisme. Paris, France : Odile Jacob